 |

FIDJI
COOK
TAHITI
ILE DE PAQUES
FIDJI
Après seulement
trois heures d'avion depuis Auckland, me voilà débarqué à Nadi, sur
l'île principale de Viti Levu aux îles Fidji en pleine Mélanésie.
26° et 100% d'humidité, c'est un gros changement par rapport aux températures
de la fin de l'été néo-zélandais.
La
première chose qui me frappe : c'est la chevelure des Fidjiens. Ici,
c'est la mode des années 70. Qui aura la plus grosse coupe afro ?
J'ai l'impression de voir les sosies des Jackson five partout.
La première opération, c'est (comme d'habitude) de trouver un endroit
pour poser son sac. La deuxième, c'est de réserver un avion pour l'île
de Kadavu où on m'a recommandé une bonne adresse. Je règle tous ses
"détails pratiques" directement de l'aéroport et saute dans un taxi
pour le centre ville. Je m'installe au Sunseekers justement nommé.
Le soleil on le cherche ! Une douche et quelques trombes d'eau plus
tard : je pars faire un tour en ville. On est dimanche, le jour du
seigneur, et presque tout est fermé à part un cybercafé et quelques
magasins de souvenirs tenus par des Indiens (qui représentent
50% de la population). Je pénètre dans la première épicerie ouverte
: elle est protégée comme un banque, les marchandises sont derrière
le comptoir surmonté d'un grillage qui monte jusqu'au plafond. C'est
d'autant plus étonnant que tous les autres magasins sont "normaux"
!
Au cours de ma balade, je me fais héler par des fidjiens qui m'invitent
à boire un thé chez eux. J'aurais finalement tout d'abord droit au
traditionnel kava. Après avoir récité le bénédicité
(avec une petite prière spéciale à l'attention
de leur invité) c'est le repas qui arrive : poisson, patates
douces et un chocolat chaud pour tout faire glisser ! Vraiment sympa,
voilà à peine 4 heures que je suis arrivé aux Fidji et que je suis
accueilli dans une famille. Hospitalité, spontanéité, gentillesse…
Je sens que je vais aimer cet endroit mais pour le kava je suis moins
sûr !
Le kava est une plante cultivée dans quelques îles du Pacifique sud.
Tout un cérémonial l'accompagne : tout d'abord, les racines de la
plante sont broyées dans un mortier avec un pilon. La pâte obtenue
est ensuite mise dans un sac en tissu qui fera office de filtre. La
dernière opération se réalise dans une grande
auge en bois: on y malaxe le sac avec de l'eau. Cette boisson était
à l'origine préparée par le chef du village les jours de fête. Tous
les convives tapent dans leurs mains en guise de remerciement et on
peut commencer à boire. Quand on vous passe le bol -une demi-noix
de coco-, il faut taper dans ces mains une fois, boire cul sec, rendre
de bol et claquer trois fois des mains. L'amer breuvage coule dans
mon gosier, je fais la grimace, ce qui provoque une certaine hilarité
dans l'assistance. Il faut dire que le goût n'est pas vraiment plaisant,
entre le bois, la terre et l'aspirine. En plus, cela insensibilise
la bouche... On me dit qu'après quelques bols, on se sent très relaxé.
Un seul bol me suffira pour une première expérience !
Dès le lendemain
je me présente pour l'avion en direction de Kadavu, une île un peu
plus au sud. L'avion est un 9 places. Le ''petit'' problème vient
d'une famille d'états-uniens dont chaque spécimen dépasse les deux
quintaux. De toute façon, un siège ne leur suffit pas, il leur faut
une banquette chacun. La petite compagnie Sunflower Airlines nous
trouvera un avion 16 places en fin d'après-midi. A Madagascar, j'avais
appris ''Mora-Mora'' qui veut dire ''doucement doucement'', ici j'apprend
''Fiji time'', une autre expression qui possède à peut près
la même signification. Au bout de 45 minutes de vol est en finale,
alignés sur la minuscule piste de Kadavu. A gauche et a droite,
c'est la montagne. Avant et après, c'est le lagon. L'avion plonge,
les moteurs vrombissent... tout le monde retient son souffle sauf
une passagère qui pousse un cri de terreur. Bruce vient chercher quelques
uns des rescapés pour les emmener dans différents hôtels de l'île.
Il fait partie de la famille O'Connor, des fidjiens super accueillants
qui tiennent Albert's place, mon lieu de villégiature pour les deux
prochaines semaines. Ramona me montre mon ''bure'': un bungalow en
bois et feuilles de cocotiers. J'ai tout de suite compris que j'allais
me plaire ici. C'est un petit paradis coupé du monde, sans électricité,
sans route, mais avec le luxe de l'eau courante et potable. Tous les
jours, je nage, je vais plonger ou je ne fais rien de rien du tout.
Les plongées se font à l'extérieur de la barrière de corail et dans
les passes du lagon. On voit moult spécimens, du classique poisson
papillon à sa majesté raie manta, quelques grands barracudas solitaires
mais pas de requins malgré nos recherches. A noter aussi une
plongée de nuit absolument féerique au milieu du plancton fluorescent
qui s'illumine dès qu'on l'agite. Quand à la température de l'eau,
c'est tout bonnement du bouillon: L'ordinateur de plongée enregistre
une température minimale de 29,4 degrés à une profondeur 35 mètres,
et l'eau se réchauffe quand on remonte ! Près du bord à marrée basse,
c'est plus que de la thalasso, l'eau dépasse les 40 et on se brûle
les pieds.
Entre farniente et plaisirs aquatiques, Ruth prépare de fantastiques
repas à base des produits locaux : poulet, poissons, langoustes, légumes,
algues, préparés en curry ou au lait de coco et citron... A chaque
repas, c'est 5 ou 6 plats sur la table dans lesquels on vient allègrement
piocher. Tout ça pour moins de 15 € par jour en pension complète,
c'est une aubaine. Et le soir, c'est kava avec toute la famille O'Connor
(je finis par m'habituer au goût) et de longues parties de Vindi-Vindi,
une sorte de billard qui se joue avec des palets que l'on tente d'envoyer
d'une pichenette dans les trous. Ce jeu est d'origine indienne semble-t-il
et assez répandu en Asie. Il y en avait aussi plein les rues à Katmandu.
(Plein d'infos sur le magnifique site animé de la Fédération
Française de Carrom).
Toute médaille possède son revers et le seul point noir de
ce paradis, ce sont les moustiques qui sont actifs jour et nuit. Mon
guide, sous la rubrique santé, indique que la prise de vitamine B1
(pour des raisons inconnues) éloignerait ses féroces prédateurs. Elle
est aussi connue pour réduire le stress. Prévoyant, j'en ai acheté
un stock en Nouvelle Zélande... En ce qui me concerne, et malgré une
prise assidue, l'efficacité contre les moustiques reste encore à prouver,
je suis dévoré. En revanche, du côté du stress, je peux
dire que ça fonctionne impec ! C'est incroyable ! je n'ai jamais été
aussi détendu ! C'est tellement efficace qu'il m'arrive même de penser
que les fidjiens prennent aussi de la B1, et même qu'ils en abusent
tant le stress semble totalement absent de l'île.
Mes deux semaines idylliques passent vite, et je suis triste de faire
mon sac, je suis triste de devoir remettre des sandales aux pieds
et surtout triste de quitter les O'Connor, la cuisine de Ruth, les
blagues de Catherine, le rire de Jessie, les parties acharnées de
Vindi-Vindi... Triste de partir, c'est vrai, mais tellement heureux
d'être venu ici !
De retour à la civilisation, à Suva, sur la grande île, je vais au
cinéma voir ''Mission to Mars''. Le film est atrocement mauvais, je
vous l'accorde, mais permet de rester au frais 2 heures grâce à la
climatisation. Pas mal pour 1$.
Un petit tour à l'alliance française pour avoir les dernières nouvelles
de la mère patrie: je vérifie la date des magasines deux fois car
j'ai l'impression que ce sont les mêmes nouvelles que l'an dernier
: réforme de l'éducation, mairie de Paris. Tout cela me paraît bien
loin...
Je pars de la capitale et vais glander à Tubakula sur la Coral Coast
pour mes deux derniers jours au paradis.
COOK
COOK
En passant de la Mélanésie à la Polynésie et avec les miracles que
procurent les décalages horaires, j'arrive aux îles Cook la veille
de mon départ ! Sur les 12 heures de ma vie que l'on m'a déjà volées,
j'en récupère 24 puis en reperds 2. Ceux qui ont suivi auront compris
que je suis maintenant en avance sur mon temps à GMT-10.
Jake accueille les passagers au son du ukulélé. L'île principale se
nomme Rarotonga, et c'est tout petit : 30km à peine pour faire le
tour et une quarantaine de complexes hôteliers.
Je m'installe dans une auberge pour routards sur la plage de Muri,
incontestablement la plus belle de l'île. Je passe ici une semaine
à rythme lent. Les seuls faits marquants seront:
- Une plongée sur une épave,
- La traversée de l'île pedibus jambis,
- Les averses journalières,
- 1,22 € la minute: c'est le coût incroyablement élevé des communications
téléphoniques vers Tahiti, 1200 km à l'est.
A l'aéroport, Jake est toujours là avec son ukulélé, il nous souhaite
bon voyage. Si j'ai presque essuyé une larme en partant de Kadavu
aux Fidji, ici, c'est tout le contraire et je suis content m'en aller
de cet endroit assez insipide. Pour mon prochain tour du monde, je
pense pas m'arrêter de nouveau aux Cook. Même si les gens sont sympa,
ce n'est pas le bon endroit pour rencontrer les polynésiens.
TAHITI
Ici, c'est 4 musiciens qui jouent au lieu d'un, ça fait tout de suite
plus riche!
Le bar restaurant de l'aéroport est en grève, ils ne sont pas assez
payés le dimanche. Si j'avais pu avoir des doutes, maintenant je suis
sur que je suis en France. Bienvenue !
Etant donné l'heure tardive, je passe le reste de la nuit dans l'aérogare
en compagnie de quelques autres routards. Ferry pour Moorea. On s'installe
avec quelques copains de voyage dans des bungalows sur la même plage
que celle du Club Med, mais pour le dixième du prix. Je me délecte
de pain, croissants, roquefort, rillettes... Quel bonheur pour moi
de retrouver des références culinaires qui n'étaient que de trop lointains
souvenirs. A la stupéfaction de mes camarades anglais et hollandais
qui trouvent qu'il fait trop chaud pour un tel plat, je me délecte
d'un succulent cassoulet de Castelnaudary.
L'ambiance
du camping est très sympa et souvent studieuse, avec des routards
de toute la planète qui apprennent ou révisent leur espagnol en prévision
de l'Amérique du sud. Le camping voisin organise des excursions touristiques
pour aller nourrir des requins et des raies dans le lagon. En plus,
ce n'est pas très cher : nous passerons un bon moment dans
l'eau à nourrir et caresser les raies grises du lagon, la plus grosse
fait 1,5m de diamètre, une belle bête. C'est très touristique mais
amusant quand même. Aussi affectueuses qu'un chat venant mendier de
la nourriture, elles sont quasiment apprivoisées mais ne savent pas
encore miauler. Cela viendra sûrement. Mais il est déjà temps de céder
la place à un autre bateau qui arrive, avec sa provision de touristes.
Le 16 avril, je fais mon sac et vais prendre le ferry pour Papeete.
L'avion décollera tard dans la nuit.
ILE
DE PAQUES (RAPA NUI)
Voici encore
une toute petite île. 2751 habitants sur 180 km² et seulement 71 touristes
cette semaine (c'est la basse saison). J'ai prévu trois jours et demi
pour la visiter.
Dès l'immigration Chilienne passée, je m'installe dans la residencial
de Martin et Anita, genre de bed and breakfast. Ici, pas besoin de
pesos, on peut tout payer en dollars (quelle chance !). Je fais mon
premier tour en ville dès l'après midi et vais observer mes premiers
bustes de pierre. Ce sont les mythiques ''moai''. Ils sont plantés
sur un piédestal nommé ''ahu'' et sont là, semble t-il, pour préserver
le mana (=la force intérieure surnaturelle) des ancêtres. Ces premières
apparitions sont impressionnantes et je ne peux que m'adonner à la
contemplation en attendant le soir. Je vais dîner à ''la taverne du
pêcheur'', le meilleur resto de l'île, tenu par un tahitien que je
qualifierais de bon vivant. Et me voilà attablé en compagnie d'un
superbe steak argentin sauce forestière, un petit bonheur pour tout
de même 14$. Je fais la connaissance des deux mamas italiennes qui
sont sur la table voisine. Nous sympathisons tout de suite, confirmant
l'adage que les latins attablés se comprennent facilement.
Le lendemain matin,
nous nous retrouvons avec Patricio, un guide 'importé' du Chili qui
va nous faire un tour de l'île pour la journée. De site en site, de
petites histoires en grandes, on découvre pourquoi les moai regardent
toujours les villages, comment les habitants construisaient leur maison,
comment ils pratiquaient l'élevage, pourquoi la plupart des moai se
sont retrouvés à terre après une guerre civile probablement liée
à la destruction des ressources naturelles de l'île. Patricio
nous explique les hypothèses du peuplement de l'île, nous énonce les
mystères de l'île et notamment celui son écriture : mais comment une
si petite population, isolée en plein Pacifique a découvert l'écriture,
totalement inconnue chez ses voisins Polynésiens et Sud-américains
?
En dehors de ces aspects historiques et ethnologiques passionnants,
il y a les sites, saisissants. Je suis complètement sous le charme,
comme envoûté par la magie des pierres sculptées. Il y a 1000 moai
sur l'île et presque la moitié sont sur les pentes du Rano Raraku.
Ce volcan était la carrière et l'atelier de fabrication de tous les
moai de l'île. On les trouve à tous les stades de la fabrication,
de la première ébauche toujours accrochée au volcan à la statue prête,
n'attendant plus que son déplacement vers son ahu. De site en site,
ma fascination pour l'île grandit.
Le lendemain, toujours avec mes mamas italiennes, nous louons un petit
4x4 pour continuer notre exploration, mais sans guide cette fois.
Une excellente journée passée à visiter l'ancien village d'Orongo
sur le cratère Rano Kau, suivi d'un sympa pique-nique dans un champ
de goyaves sauvages (un régal) ; ensuite on part explorer des lava
tubs et l'atelier de taillage des chignons, ceux qui sont 'posés'
sur la tête des moai. On chante des chansons italiennes et françaises
à tue tête dans la voiture, pas de doute : la bonne humeur est là.
Pour terminer la journée, nous retournons sur un des plus beaux sites
de l'île : Ana Kena qui conjugue moai, cocotiers, pentes herbeuses,
et plage de sable blanc - rosé. La baignade est rafraîchissante, la
température de l'eau a peut-être perdu 10 degrés par rapport aux Fidji.
C'est limite, mais j'arrive encore à y rentrer !
Pour ma dernière journée complète sur l'île, j'avais envisagé de faire
un peu de plongée sous-marine mais c'est décidément beaucoup trop
cher pour mon budget qui a déjà bien malmené ici. Je vais me contenter
d'une bonne balade à pieds. Dernière nuit sur cette île magique et
me voilà parti à l'assaut d'un nouveau continent, direction Santiago
du Chili.
Aloha,
Xavier

|