Madagascar


Retour


 

23 août 1999: ça y est, c'est le grand départ. Après 6 mois de préparation de ce tour du monde, je m'envole vers ma première destination en bordure du continent Africain: Madagascar. C'est mon premier voyage de longue durée et je pars l'esprit libre, sans contrainte et sans plan défini à l'avance.

Dans l'avion, je fais la connaissance de Florence et Bénédicte. Nous voyagerons ensemble pendant 2 semaines.
Arrivée à l'aéroport d'Ivato (Tananarive) et visite de la ville. La première impression n'est pas bien terrible: pauvreté, routes défoncées, embouteillages monstres et forte pollution. Une seule solution me vient à l'esprit: s'échapper d'ici. Le tout premier mot que l'on apprend, c'est ''vasaha''. Cela veut dire ''blanc'', et tout le monde vous interpelle ainsi. Il n'y a rien de péjoratif à cela. Le deuxième mot est ''mora mora'' qui peut se traduire par doucement doucement. C'est un véritable art de vivre, ou de se laisser vivre!!! L'impatience ne peut mener qu'à son propre énervement. Etre pressé est inutile, de toute façon, on ne changera rien à l'ordre des choses établi.
Direction la gare de taxi brousse du sud. Les rabatteurs installent nos bagages sur un minibus Nissan avant que l'on ait eu le temps de comprendre. "On part tout de suite" disent-ils (c'est un refrain que j'entendrais souvent au cours du voyage). Une heure et demie plus tard on démarre direction Antsirabé. La route est belle. Le taxi brousse est arrêté pour un contrôle par la gendarmerie puis par la police, ensuite c'est à nouveau la police puis la gendarmerie: ils regardent l'état du véhicule, le nombre de personnes autorisées à bord et vérifient que les papiers sont en règle. Un petit billet de cinq ou dix mille francs malgaches accélère la procédure. Ensuite, c'est l'armée qui nous arrête à une barrière sanitaire sensée lutter contre le choléra. La preuve du passage !On nous demande d'avaler trois comprimés de Tétracycline hors d'âge (un petit coup d'oeil sur les boîtes nos indique que ces pilules d'origine indienne sont périmées depuis 4 ans). Sur les conseils d'un touriste, nous gardons les précieux médicaments sous la langue et les recrachons discrètement. Je me demande bien ce qu'une surdose ponctuelle d'antibiotiques peut bien faire contre cette maladie... Pour preuve du passage, les militaires nous remettent un petit papier tamponné. Un médecin Malgache m'a même reconté que le choléra n'existerait pas à Mada, et que les morts enregistrés à Nosy Bé seraient dus à la typhoïde. Ce serait juste un moyen d'obtenir de l'aide des pays développés et permettre a certains de s'en mettre plein les poches (mais ce ne sont que des ragots). Ceci dit, choléra ou pas, il y a une grande campagne d'information sur la lutte contre cette maladie qui permet de sensibiliser la population à l'hygiène la plus élémentaire, comme se laver les mains ou construire des latrines à l'écart des puits.
*** Quelques nouvelles du front (février 2000): avec la nouvelle saison des pluies, l'épidémie est repartie de plus belle et il y aurait des miliers de morts dans toute l'île. Pas seulement limitée au nord ouest de la grande île, le choléra toucherai une commune sur deux.

A l'arrivée à Antsirabé, c'est l'émeute. Une horde sauvage de tireurs de pousse-pousse nous crient "François numéro 25", "Armand numéro 12", "Jean-Michel numéro 5"... On finit par en choisir deux et on part à la recherche d'un hôtel. Dans le taxi-brousse nous avons fait la connaissance de Madame Julie, étudiante à Tana qui vient rendre visite à ces parents. Elle nous servira de guide pour la visite de la ville qui se révèle très agréable. Les thermes sont le témoignage d'une grandeur coloniale bien révolue. Julie, nous invite à boire le thé chez ces parents. Pendant qu'elle part acheter du pain et du beurre, sa mère, couturière, nous accueille dans la maison. Nous voilà maintenant installés sur une natte posée sur le sol en terre battue, on chasse les poulets intrépides qui viennent voir s'il y a quelque chose de comestible à récupérer. La mère nous indique, au cas où ne l'aurait pas remarqué, que sa fille est très gentille. Elle emploie même le mot de 'charitable' qui nous laisse un peu interloqués, on ne pensait pas demander la charité ici.

Le lendemain, départ en 504 familiale pour Ambositra, la capitale de l'art malgache pour les sculptures en bois et la marqueterie. Nous nous installons au Grand Hôtel qui fût certainement grand. Avec Monsieur Hervé, notre guide trouvé pour l'occasion, nous visitons la ville, l'ancien palais du roi (Rova). Nous allons assister à une cérémonie de retournement des morts qui permet aux familles d'honorer leurs ancêtres. Pour cela, on exhume les corps, nettoie les restes, on les ré-emballe dans un nouveau linceul et les ré-enterre au cours d'une immense fiesta de plusieurs jours où le rhum coule à flots. On ne peut pas dire que l'on se sent à l'aise ou à notre place ici, mais la famille est visiblement contente d'avoir des 'hôtes de marque' (sic) à cette fête. Nous prendrons même des photos du nouveau tombeau, un souvenir un peu macabre à mon goût, mais qui nous plonge complètement dans la vie et les traditions de ce pays où beaucoup de choses sont déclarées 'fady' (tabou). La religion est chrétienne à 50% mais le culte des ancêtres reste un des piliers des croyances traditionnelles. Les morts sont les vrais propriétaires de la terre et à ce titre ils sont souvent plus importants que les vivants. Les familles peuvent économiser et s'endetter pour des années pour pouvoir sacrifier un ou deux zébus lors d'une de ses fêtes. Pendant ce temps là, ils bêchent les rizières à la force des bras et n'ont pas toujours assez de ressources pour nourrir leur famille. Les ancêtres sont prioritaires, le reste n'est pas important.

Une partie de la soirée est passée en négociation avec Hervé pour fixer le tarif de ses services pour aller visiter un village Zafimaniry réputé pour ces sculptures.

Nous voilà embarqués dans une 404 bâchée pour deux heures de route sur une piste défoncée. Il y a environ 20 personnes à bord, plus le chargement de riz, rhum, poulets. Nous profitons pleinement de la poussière et des gaz d'échappement pendant le trajet.
Arrivés à Antoetra, nous marchons vers Ifasina, village perdu sur les montagnes. Trois gamins nous accompagneront en chantant: "Un kilomètre à pieds, ça use, ça use...". C'est d'autant plus drôle qu'il vont pieds nus! On croisera sur le sentier quelques contrebandiers qui transportent des litres et des litres d'alcool local, mélange de mauvais rhum fait avec tout ce qui peut fermenter. Notre guide nous dit que c'est pas bon pour les vasahas.
Le village est magnifique. Les maisons et les greniers sont entièrement en bois sculpté de motifs traditionnels géométriques. Les planches tiennent sans un clou, tout est emboîté. Le sol est en terre battue, avec un foyer au milieu de l'unique pièce et l'absence de cheminée rend l'atmosphère intérieure irrespirable. Quelques épis de maïs séchés noircis pendent au plafond, à l'abris des rongeurs. Les hommes sont partis dans la forêt ou travaillent aux champs. Ils pratiquent la culture sur brûlis et essayent de faire pousser du maïs, il y a seulement un plan par mètre carré, c'est trop peu au regard du nombre de bouches à nourrir. Certains petits du village ont le ventre gonflé par le manque de protéines. On achète des petites oranges aux villageoises. Personne ne tend la main mais nous voulons laisser quelque chose ici. A la sortie du village, un panneau et une boîte nous invite à laisser une contribution pour le développement du village, mais notre guide nous interdit de le faire. Il nous explique que cet argent devrait servir à l'édification et l'entretien de toilettes communes et que ce village a pris l'argent et a acheté du rhum à la place. A quelques heures de là, d'autres villages ont pris de bonnes mesures d'hygiène et donnent le bon exemple... A eux il faut donner nous dit-il, pas ici.


Le retour à Ambositra ne se fait pas sans son lot de pannes. La 404 est tellement chargée que le moteur chauffe, d'autant plus que le radiateur est percé ! A chaque coup de Klaxon, l'aide chauffeur vient refaire le plein d'eau. 100 mètres plus loin, la voiture a des ratés, puis cale. L'eau bouillante gicle sur la batterie et il n'y a plus d'allumage... Ce petit manège durera jusqu'à l'arrivée.

Le lendemain, nous reprenons la route vers le sud qui est de plus en plus belle et colorée avec de superbes rizières, de belles maisons et des fours à brique partout. Après avoir rapidement visité Fianarentsoa, la capitale intellectuelle du pays, nous partons vers le parc national de l'Isalo et le village de Ranohira. Le taxi-brousse est tellement chargé que les côtes sont montées en première. Une rude épreuve pour le moteur et pour les roues dont les boulons se dévissent régulièrement (?). Nous organisons une randonnée de deux jours dans le massif, nous engageons un guide (obligatoire dans les parcs) et deux porteurs qui s'occuperont aussi de la cuisine. Nous louons des tentes et des duvets car les nuits sont très fraîches en cette saison. Le matin du départ, nous faisons les courses au marché: riz, bananes, oranges, pain, vache qui rit, et deux poulets vivants: c'est pas pratique à transporter mais la viande sera fraîche !
5000 FrancsLe massif ruiniforme ressemble à certains parcs de l'ouest des USA que j'ai visité, le gigantisme et les couleurs en moins. Nous rencontrons nos premiers lémuriens qui viennent jouer devant nos objectifs. Le paysage est désertique, savane et rochers. Le soir c'est un réel bonheur que de se plonger dans la piscine naturelle à côté du bivouac. Malgré la fatigue des 28 km de marche, nous nous couchons assez tard sous un ciel rempli d'étoiles. Au réveil, pain grillé et confiture d'ananas. Balade vers la rivière de sable et retour dans le village de Ranohira. On s'offre un bon repas au Relais de la Reine, un des meilleurs hôtels de l'île dont les chambres que l'on a visité ne valent pas le prix exorbitant qu'ils demandent.

Avec un groupe de français, nous affrétons une voiture pour nous emmener vers le sud. Au passage, nous traversons la nouvelle ville d'Ilakaka. C'est la ruée vers le saphir. Il y a quelques mois, un fabuleux gisement a été découvert ici. Aujourd'hui, c'est 100 000 personnes qui creusent. Commerces, hôtels, boîtes de nuit, casinos, mafia thaïlandaise... La seule loi qui existe ici, c'est celle du plus fort. Nous nous échappons de cet endroit assez malsain vers la plaine de plus en plus désertique. Arrivés à Tuléar, nous voilà au bout de la route goudronnée de l'île. Nous passons la soirée chez Enzo, un Italien qui cuisine formidablement bien: les pâtes fraîches sont sublimes et le pavé de chocolat complète merveilleusement le repas. Nous allons passer quelques jours à Sarodrano, une grande langue de sable au sud de Tuléar située exactement sous les tropiques. Il y a un hôtel tenu par Andréa, un italien (encore un) installé ici depuis 15 ans. Il n'y a ni eau courante, ni électricité. L'endroit est en pleine nature, au milieu des dunes de sable et des épineux. Après plusieurs visites au village de pêcheurs voisin, ils nous invitent à quelques fêtes. Ils jouent de la musique sur des instruments rudimentaires : cabosse électrique (on a fourni les piles pour l'ampli), basses à 1 corde, percussions. On offre le rhum et le Coca, et les filles se mettent à chanter. Les paroles racontent que le criquet saute, saute et mange les récoltes... on dansera de longues heures autour du feu. Mes deux co-voyageuses, Flo et Béné, repartent pour Ifaty puis Tuléar et s'envolent de l'autre côté de l'île. Il ne leur reste qu'une semaine de vacances et grâce à l'Internet je recevrai même leurs conseils et impressions sur l'île Sainte Marie où j'ai prévu d'aller plus tard.
Embarquement sur une pirogue à balancier.L'abus de THB est dangeureux pour la santé. En chemin vers l'îlot de Nosy vé, nous avons la chance de rencontrer trois baleines à bosse. C'est vraiment très impressionnant de voir et d'entendre la puissance de leur souffle, on tournera autour pendant 15 minutes. Quand on rentre, c'est la grande animation dans le village : un pêcheur à attrapé une énorme tortue marine de plus de 300 kg. Je vais la voir. Elle est attachée à un piquet dans la case du pêcheur, cela représente la somme colossale de 45 €. Il me raconte que c'est de plus en plus rare d'en attraper... "Il y a 15 ans" me dit-il, "elles venaient pondre sur la plage, juste à côté des maisons cela fait longtemps qu'on ne les voit plus". C'est bien malheureux pour cet animal protégé et en voie de disparition, mais allez faire comprendre qu'il ne faudrait plus les chasser à des gens qui n'ont pas grand chose à manger. L'avenir de leurs enfants est une notion trop abstraite pour être pris en compte   :-((
Au bout d'une semaine de parties de pêche, de fêtes et de visites des villages de pêcheurs Vezo, le retour à la ville poussiéreuse de Tuléar est difficile mais il faut que je fasse prolonger mon visa : deux jours de démarches, une grande incertitude sur les délais et une pile de documents à fournir dont une paire de photos d'identité sur fond rouge, un certificat de bonne moralité et une lettre manuscrite sollicitant la haute bienveillance et la grand sollicitude de Monsieur le Directeur pour la prorogation de mon visa. Promis, je ne dirais plus jamais de mal de l'administration française.
Le sésame obtenu, finalement dans délai assez bref, je vais plonger à Ifaty, lieu renommé pour ses fonds marins et ses poissons. J'y fait trois plongées avec bouteille, dont une spéciale requins dont voici le récit:

Départ pour la plongée "spéciale requins" avec deux autres plongeurs plus le moniteur (si vous comptez bien, avec moi ça fait quatre). Dans une des passes du lagon, les squales sont censés se reposer entre deux périodes d'alimentation. Richard, le moniteur nous explique pourquoi les requins sont là:
- "Ils doivent toujours être en mouvement pour respirer, ils ne peuvent pas aspirer l'eau comme les autres poissons. Ils profitent du courant créé par la marée pour faire une petite sieste".
Il nous prévient également que le courant sera fort. Il a raison.
Top départ. Quadruple bascule arrière et tout le monde descend rapidement à 20 mètres dans un joli canyon. On continue un peu et on se retrouve à 28m scotchés face au courant. On s'accroche comme on peut au corail. C'était pas des blagues, les premiers spécimens sont au rendez-vous : des requins gris de 2 à 3m de long, quelques barracudas et 2 belles raies aigle. Nous sommes tous les quatre au spectacle, fermement cramponnés. Richard s'avance un peu et regarde si de nouvelles créatures arrivent. Il nous fait signe de venir, la voie est libre, on va traverser la passe.
La progression à contre-courant est très difficile. 32m au plus profond et courte remontée de l'autre côté. On s'aide avec les bras pour pouvoir avancer. Un banc de carangues attend juste au dessus de la fosse aux requins. Le spectacle est magnifique mais j'ai du mal à retrouver mon souffle. J'ai vidé le quart de la bouteille dans la traversée de la passe ! On reste là à regarder le terrible ballet.
Arrivés en réserve, nous quittons la quinzaine de requins qui tournent ici pour entamer la remontée dans le courant qui nous emporte. Après un palier nécessaire, nous nous hissons dans le bateau qui à suivi les bulles.

Pour le reste, Ifaty est sans intérêt aucun. Je ne comprends pas pourquoi il y a tant d'hôtels ici. Contrairement à ce que raconte mon guide Lonely Planet, ce n'est pas un endroit que je qualifierai d'idyllique. A marée haute, il n'y a pas de plage et à marée basse: 2 kilomètres de vase et d'algues...

De retour à Tuléar, remis de mes émotions, je m'offre le luxe d'une coupe de cheveux. J'en ai pour mon argent (0,7 €). Les ciseaux de mon couteau suisse me permettent de peaufiner le boulot.

Aujourd'hui, je me lève tôt pour prendre un taxi-brousse pour retourner à Fianarentsoa, sur les hauts plateaux au centre du pays. Le rendez vous est fixé à 6h30. Le temps d'embarquer tout le monde dans le bus (70 personnes, sans compter les poulets et les dindons qui vont bronzer sur le toit) on ne démarre que deux heures plus tard. Le tarif n'est pas excessif pour un touriste européen: 4,5 € pour 500km ! Après 5 ou 6 heures de route, lors d'une course poursuite entre taxi-brousses, un amortisseur casse. Le pneu frotte dans le passage de roue. Ca sent le cramé mais on continue quand même. Arrivés à Iosy, le chauffeur effectue la réparation avec du fil de fer et des grands coups de masse. Cet arrêt imrovisé parmet de se détendre. Un co-passager, après les interrogations d'usage (nom, pays, métier, nombre d'enfants) me pose une question complètement inattendue ici: ' - Dis moi, au fait, c'est quoi le bug de l'an 2000 ?'.
La réparation est vite terminée. On repart, toujours aussi coincés dans l'habitacle avec des enfants assis par terre et une grand mère qui s'endort sur mon épaule. La nuit finit par tomber et on voit plus nettement qu'en plein jour les feux de brousse et de forêt allumés partout. Tout brûle, tant qu'il y a (encore) quelque chose à brûler. La culture sur brûlis est une réelle catastrophe à Madagascar. Peut être efficace il y a cinquante ans, cette technique entraîne maintenant un régime de la disette à cause du mauvais rendement des cultures. La forêt disparaît et les animaux aussi, et le plus grave est probablement à venir avec la disparition des sols fertiles à chaque pluie.

A Fianar, je passe ma journée à sillonner la cité, avec 'Christian caméléon', un jeune guide extrêmement débrouillard, je visite un intéressant atelier de fabrication de papier artisanal et les ruelles pavées et escarpées de la vieille ville. Je me régale au dîner d'un succulent tournedos Rossini (zébu et foie gras fondant pour 3 €). Je trouve aussi un accès à l'Internet pas vraiment bon marché mais j'arrive à négocier l'utilisation gratuite et hors ligne de l'ordinateur pour préparer mes messages. Au petit matin, je grimpe dans le train au départ de Manakara sur la côte est. Le train descend dans la forêt primaire, au milieu des arbres du voyageur, bananiers, caféiers, poivriers et fougères arborescentes. On s'arrête dans chaque petit village pour charger et décharger de tout. Ici les bananes sont particulièrement bon marché, 3 kg pour 7 cents (ailleurs, on a seulement 3 bananes pour ce prix la). Le trajet, avec tous ces arrêts, dure finalement plus de 11H pour à peine 200km parcourus. C'est un plus confortable que le taxi-brousse car même si on est autant secoués, on est tout de même moins 'coincés'.

L'étape suivante me conduit en taxi-brousse jusqu'au parc national de Ranomafana, où l'on observe de nombreuses espèces de lémuriens diurnes et nocturnes. Au cours d'une randonnée dans la forêt, il me faut même enlever une sangsue collée à mon mollet droit. La prochaine fois, je mettrais le pantalon dans les chaussettes. Ranomafana est aussi une station thermale à l'eau miraculeuse qui est un remède à tous les maux, des maladies de peau à l'impuissance...

Je repars guéri sur la côte est : direction Mananjary. Sur le trajet qui prend 6 heures, j'en passe 3 debout sur le pare choc du taxi-brousse, puis, quand il se vide un peu, j'arrive à poser une demi fesse sur la banquette pendant 2 heures et finalement les deux fesses pour la dernière heure. Finalement c'est debout que l'on est le mieux: on peut filtrer les chaos de la route, regarder le paysage et changer de position. Il y a un fady (tabou) étonnant à Mananjary : quand des jumeaux naissent ici, ils sont tués ou abandonnés sur le champ. C'est le propriétaire de mon hôtel qui me raconte ça entre deux verres de rhum : " il y a 2 ans, j'ai trouvé deux petites filles devant sa porte, j'en ai gardé une l'autre est partie dans une autre famille ". Elles n'ont pas été tuées, mais sont quand même dispersées.
Mananjary est une petite ville côtière coupée en deux par le canal des Pangalanes. Ce canal doit me permettre de rejoindre Tamatave en bateau, 400km au nord. C'est l'objectif que je me suis fixé, le trajet doit durer 3 jours. Le propriétaire de mon hôtel me donne quelques tuyaux pour trouver une embarcation. Je cherche pendant 3 jours et en vain une embarcation, mais les seuls bateaux que je trouve vont juste au prochain village au nord et il n'y a rien la bas: pas de route (pour éventuellement revenir), pas d'hôtel, pas de restaurant. Ne voulant pas rester planté là 10 jours de plus, je décide de remonter à Antsirabé, tant pis pour le canal, ce sera pour la prochaine fois. Ceux qui sont restés en France et qui suivent mon trajet sur la carte doivent se demander ce que je fabrique, à droite, à gauche, demi-tour, en bas, retour au milieu... Que voulez vous, c'est un peu galère de se déplacer à Madagascar à moins de tout prévoir en avion (et encore ?!). Départ en taxi-brousse à 6H du mat, arrivée 22H, un vrai plaisir ;-)) Quelques jeunes co-passagères se proposent pour m'inspecter les pieds. En effet, il y a sur les plages de la côte est des insectes qui vous pondent sous la peau. Rien de dangereux comme la bilharziose mais pas vraiment agréable quand la larve grossit et part se balader sous la peau.


Autour d'Antsirabé, je fais une superbe ballade en VTT dans la campagne jusqu'au lac volcanique Tritriva plein de mystères et de légendes. Nous sommes le 23 septembre, cela fait déjà un mois que je suis à Madagascar. Je rencontre Solo, un piroguier à la recherche de clients pour descendre le fleuve Tsiribihina en 3 jours et demi. Dès le lendemain, nous voilà à Miandrivazo après quelques heures de taxi-brousse. Le soir, je dors dans sa famille sur un lit en raphia pas vraiment confortable... Puis-je me plaindre quand la moitié des membres de cette famille dorment à même le sol ? Après les formalités de départ à la mairie (en 8 exemplaires S.V.P.), je monte à bord de la pirogue creusée dans un tronc d'arbre par Solo lui même. Peu rassuré au début, je me rends compte que c'est finalement assez stable. Les journées s'écoulent lentement, au rythme du fleuve et des villages traversés. Le niveau de l'eau est très faible et on s'ensable par endroit. On observe de très nombreux oiseaux dont les derniers aigles pêcheurs de Madagascar. A midi on s'arrête pour déjeuner à l'ombre et partager notre repas avec d'autres piroguiers qui remontent le fleuve. C'est très convivial, tout le monde partage ce qu'il possède. Petite sieste pour éviter les grosses chaleurs et on repart. Solo me montre tous les animaux, il voit tout avant moi: oiseaux, lémuriens, tortues, crocodiles, caméléons... Le soir, c'est feu de camp et bivouac sur les berges sablonneuses. Les lémuriens nocturnes s'éveillent et crient pour marquer leur territoire. Tous les matins, on part très tôt pour éviter les fortes chaleurs de la mi journée.
Le quatrième et dernier jour de la descente, on accoste à 6 km du prochain village. Nous les parcourons à pieds sous un soleil de plomb. 6km, cela semble pas grand chose mais avec une telle chaleur, c'est vraiment dur. Au passage, il a fallu traverser trois gués, dont marécage parfumé à l'urine de zébu, pas moyen de le contourner, je m'y enfonce jusqu'à la taille, tenant mon sac à bout de bras au dessus de la tête. Enfin arrivés, avec un couple de français ayant réalisé la descente dans une autre pirogue, nous affrétons un 4x4 Toyota bâché pour Morondava. Notre chauffeur que l'on soupçonne d'aimer un peu trop le rhum, roule très vite sur la piste défoncée et sablonneuse, on est secoués comme des pruniers et il faut bien surveiller devant et se baisser à l'approche des branches au risque de se les recevoir en pleine tête. Après plusieurs rappels à l'ordre, il consent enfin à ralentir, continue de boire un liquide blanchâtre. Je lui fait la remarque qu'il conduit et qu'il ne devrait pas trop forcer sur la boisson. Offusqué, il me répond que ce n'est que de l'eau. " De l'eau stérile du village garantie sans amibes ". Il me propose même d'y goûter. Sans façon !
Les paysages sont superbes (comme d'habitude). On traverse une forêt aride avec des baobabs qui émergent au dessus de la végétation. A proximité de Morondava, on traverse la fameuse allée des baobabs au moment du coucher du soleil. Belle récompense après 140km et 6H de piste.

Morondava est une préfecture endormie de la côte ouest. Il n'y a pas grand chose a y faire à part les baobabs et la baignade, et encore, il faut bien choisir sa plage, car elles servent de lieu d'aisance à la moitié des habitants! Un détail m'a beaucoup amusé : c'est le ramassage scolaire des petits écoliers dans un pousse-pousse collectif. Je n'ai vu ça nulle part ailleurs.

Je passe deux jours ici au rythme 'mora mora' et décide d'en repartir en avion plutôt qu'en taxi-brousse. Que ne ferais-je pas pour m'éviter une autre épreuve routière ? Un bimoteur 16 places d'Air Mad m'emporte vers Tana. La vue de ciel me confirme les ravages de la culture sur brûlis, il ne reste rien qu'une bande boisée le long des rivières qui charrient la couche de terre fertile vers le canal de Mozambique. Je repars dans la foulée vers Tamatave en 504 familiale, c'est la première fois que je prend un taxi-brousse presque vide, mais le chauffeur doit se rendre ce soir à Tamatave et ne peut pas attendre les clients... Cette ville est assez agréable, avec de larges avenues, un grand marché et un joli front de mer. Dommage que la mer soit infestée de requins, on ne peut pas se baigner. Le 1ier septembre je prends la route (et le bateau) vers l'île Ste Marie, ancien repaire de pirates de plus en plus abandonné aux promoteurs. L'île est couverte d'une végétation luxuriante et possède de superbes plages : sable blanc, cocotiers, rochers noirs et eau turquoise...
C'est "chez Vavate" que l'on déguste les meilleurs punchs cocos, mais je n'arrive pas à leur extirper la recette, c'est un secret bien gardé. Je flâne plusieurs jours sur l'île : plongée sous-marine (on entend le chant des baleines sous l'eau ! ), VTT, visite de la microscopiquement belle île aux nattes, ramassage de clous de girofle et dégustation de punch coco...
Renseignements pris, je vais voir Monsieur Mathias, postier de son état qui s'occupe de tous les mouvements de cargos entre l'île Ste Marie et la Grande Ile, j'aimerai trouver une embarcation pour Maroantsetra.
- "Un bateau arrive demain de Tamatave pour continuer sur Maroantsetra" me dit-il, je l'attends sans trop y croire, mais la chance est avec moi et j'embarque dès le surlendemain sur le 'Ville de Maroa', un petit cargo à la mode Malgache. Je me fraie un passage au milieu des bidons de vin, sacs de riz, vélos, caisses de tomates, planches, bidons d'huile, bouteilles de gaz, matelas en mousse, pneus. Une Renault 11 occupe toute la largeur du bateau. Je m'installe sur la banquette arrière, ce sera ma "cabine". On m'offre un bon café, filtré comme il se doit dans une chaussette montée sur un support métallique. Malgrè la rusticité du procédé, c'est un des meilleurs que j'ai bu. Le départ s'effectue vers minuit pour profiter d'une mer calme. Après avoir roulé et tangué fortement toute la nuit dans la voiture et finalement très peu dormi, on arrive dans la grande et sauvage baie d'Antogil. Pour le petit déjeuner, j'ai apporté des petits beurres. Un des membres de l'équipage me demande l'emballage argenté pour faire un rapala. Ca marche bien, car une demi heure plus tard il remonte un joli thon.

Maroantsetra, je m'installe dans un bungalow du sympathique hôtel du centre, face au marché très animé mais pas très bien achalandé, on ne trouve ici que des produits locaux. Il n'y a pas de route pour venir ici, tout doit transiter par mer ou par air. Le lendemain, je pars en bateau vers le parc de Nosy Mangabé. Randonnée dans l'île montagneuse peuplée de lémuriens et de reptiles dans une forêt primaire intacte. Il y a ici les fameux " aye-aye ", lémuriens nocturnes avec de grands yeux, des oreilles de chauve-souris et un doigt surdimensionné pour aller chercher les larves dans les galeries creusées dans les troncs d'arbre. Il y a deux saisons ici: la saison humide et la saison des pluies mais cette journée est sèche et j'en profite bien.

Je reste bloqué plusieurs jours à Maroantsetra. L'avion que je devais prendre n'est pas passé, il est en panne... Le temps vire au mauvais, vent et trombes d'eau, les bateaux ne partent pas non plus et il n'y a pas de véhicule pour le sud: de toute façon, il n'y a pas vraiment de route non plus : c'est une expédition de plusieurs jours pour faire 150km que j'envisagerai en dernière extrémité ! Il faut prendre son mal en patience et Maroantsetra ne regorge pas d'activités, surtout avec ce temps. Alors je loue des cassettes vidéo au chinois du coin, visite les chantiers navals et les séchoirs à vanille...
Au bout de deux jours d'attente, j'arrive finalement attraper un avion. Il y avait du monde, c'est difficile de faire entrer les passagers du lundi et ceux du mercredi dans un seul avion, j'ai bien fait d'arriver 6H avant le décollage car 4H avant le départ je serais resté sur la piste, bon pour attendre 3 jours de plus ! J'atterris à Tamatave que je connais déjà un peu et je profite que je n'ai pas sommeil pour aller voir un concert du chanteur Samoëla qui se produit face à la mairie. Tout le monde chante les paroles sauf moi qui n'y comprend rien. J'aime beaucoup cette musique et je vais acheter la cassette dés demain.

IndriTaxi-brousse vers Andiasibé sur la route de la capitale pour visiter la réserve de Périnet et découvrir l'Indri, le plus grand des lémuriens (80 cm) qui vit exclusivement dans cette réserve et dans le parc national d'Andasibé - Mantadia. Il n'existe pas de spécimens en zoo, ceux ci se laissant mourir en captivité. Chaque matin, vers 7H30, les quatre ou cinq individus de chaque groupe de se mettent à crier de concert pour marquer leur territoire du haut de leurs arbres. Leur cri est vraiment impressionnant et me donne encore des frissons quand je l'écoute.

Allez y, poussez le volume à fond et imaginez vous au petit matin dans la forêt tropicale au milieu de hordes de moustiques particulièrement voraces et écoutez le cri de l'Indri (fichier .wav).




Il me reste encore deux jours à Madagascar, je les passe dans la capitale. Un chauffeur de taxi m'apprend quelques combines: beaucoup de voitures arrivent l'île de le Réunion en pièces détachées pour échapper à la taxe d'importation sur les produits manufacturés. Les voitures sont démontées et découpées avant leur envoi. Elles sont bien évidement remontées à Madagascar. Le chauffeur me montre les traces de soudure sur le toit de sa 4L... Une autre combine utilisée par les importateurs me dit-il est de livrer un container de chaussures droites à Tamatave, et les chaussures gauches à Tuléar. La taxe est ainsi divisée par quatre !
Je négocie quelques souvenirs au marché de la Digue. Marqueterie, sculptures, tissus brodés, voitures en fer, instruments de musique... le choix ne manque pas et les prix sont bas pour un européen.

Je décolle pour Paris. Je me dis que vraiment, j'adore Madagascar. C'est vrai que tout n'est pas facile ni rose dans ce pays mais les gens sont terriblement attachants, joyeux et d'une extrême gentillesse... Un grand nombre de qualités bien souvent absentes des sociétés dites 'développées'.
Vivement que j'y retourne !


Paris: L'ambiance est nettement différente: dans le métro, personne ne se parle, les gens sont indifférents. Je m'étais habitué à chanter, discuter et rigoler dans les transports. C'est un plus grand changement que la température. Heureusement, ce retour est très provisoire. Dans une semaine je prends l'avion pour le Népal. En attendant, je rentre en TGV à Marseille, méditant sur les progrès des trains au niveau du confort et de la vitesse.
Je vais passer quelques jours chez des amis dans les alpes du sud: parapente et ramassage de chanterelles au programme...


Retour