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23 août 1999: ça y est, c'est le grand départ. Après 6 mois de préparation de ce tour du monde, je m'envole vers ma première destination en bordure du continent Africain: Madagascar. C'est mon premier voyage de longue durée et je pars l'esprit libre, sans contrainte et sans plan défini à l'avance. Dans l'avion,
je fais la connaissance de Florence et Bénédicte. Nous voyagerons ensemble
pendant 2 semaines. |
| Le retour à Ambositra ne se fait pas sans son lot de pannes. La 404 est tellement chargée que le moteur chauffe, d'autant plus que le radiateur est percé ! A chaque coup de Klaxon, l'aide chauffeur vient refaire le plein d'eau. 100 mètres plus loin, la voiture a des ratés, puis cale. L'eau bouillante gicle sur la batterie et il n'y a plus d'allumage... Ce petit manège durera jusqu'à l'arrivée. Le lendemain, nous reprenons la route vers le sud qui est de plus en plus belle et colorée avec de superbes rizières, de belles maisons et des fours à brique partout. Après avoir rapidement visité Fianarentsoa, la capitale intellectuelle du pays, nous partons vers le parc national de l'Isalo et le village de Ranohira. Le taxi-brousse est tellement chargé que les côtes sont montées en première. Une rude épreuve pour le moteur et pour les roues dont les boulons se dévissent régulièrement (?). Nous organisons une randonnée de deux jours dans le massif, nous engageons un guide (obligatoire dans les parcs) et deux porteurs qui s'occuperont aussi de la cuisine. Nous louons des tentes et des duvets car les nuits sont très fraîches en cette saison. Le matin du départ, nous faisons les courses au marché: riz, bananes, oranges, pain, vache qui rit, et deux poulets vivants: c'est pas pratique à transporter mais la viande sera fraîche ! Le
massif ruiniforme ressemble à certains parcs de l'ouest des USA que j'ai
visité, le gigantisme et les couleurs en moins. Nous rencontrons nos premiers
lémuriens qui viennent jouer devant nos objectifs. Le paysage est désertique,
savane et rochers. Le soir c'est un réel bonheur que de se plonger dans
la piscine naturelle à côté du bivouac. Malgré la fatigue des 28 km de
marche, nous nous couchons assez tard sous un ciel rempli d'étoiles. Au
réveil, pain grillé et confiture d'ananas. Balade vers la rivière
de sable et retour dans le village de Ranohira. On s'offre un bon repas
au Relais de la Reine, un des meilleurs hôtels de l'île dont
les chambres que l'on a visité ne valent pas le prix exorbitant
qu'ils demandent.Avec un groupe
de français, nous affrétons une voiture pour nous emmener vers
le sud. Au passage, nous traversons la nouvelle ville d'Ilakaka. C'est
la ruée vers le saphir. Il y a quelques mois, un fabuleux gisement a
été découvert ici. Aujourd'hui, c'est 100 000 personnes qui creusent.
Commerces, hôtels, boîtes de nuit, casinos, mafia thaïlandaise... La
seule loi qui existe ici, c'est celle du plus fort. Nous nous échappons
de cet endroit assez malsain vers la plaine de plus en plus désertique.
Arrivés à Tuléar, nous voilà au bout de la route
goudronnée de l'île. Nous passons la soirée chez
Enzo, un Italien qui cuisine formidablement bien: les pâtes fraîches
sont sublimes et le pavé de chocolat complète merveilleusement
le repas. Nous allons passer quelques jours à Sarodrano, une grande
langue de sable au sud de Tuléar située exactement sous les tropiques.
Il y a un hôtel tenu par Andréa, un italien (encore un) installé ici
depuis 15 ans. Il n'y a ni eau courante, ni électricité. L'endroit est
en pleine nature, au milieu des dunes de sable et des épineux. Après
plusieurs visites au village de pêcheurs voisin, ils nous invitent à
quelques fêtes. Ils jouent de la musique sur des instruments rudimentaires
: cabosse électrique (on a fourni les piles pour l'ampli), basses à
1 corde, percussions. On offre le rhum et le Coca, et les filles se
mettent à chanter. Les paroles racontent que le criquet saute, saute
et mange les récoltes... on dansera de longues heures autour du feu.
Mes deux co-voyageuses, Flo et Béné, repartent pour Ifaty
puis Tuléar et s'envolent de l'autre côté de l'île.
Il ne leur reste qu'une semaine de vacances et grâce à
l'Internet je recevrai même leurs conseils et impressions sur
l'île Sainte Marie où j'ai prévu d'aller plus tard.
Pour le reste,
Ifaty est sans intérêt aucun. Je ne comprends pas pourquoi
il y a tant d'hôtels ici. Contrairement à ce que raconte
mon guide Lonely Planet, ce n'est pas un endroit que je qualifierai
d'idyllique. A marée haute, il n'y a pas de plage et à
marée basse: 2 kilomètres de vase et d'algues... Aujourd'hui,
je me lève tôt pour prendre un taxi-brousse pour retourner à Fianarentsoa,
sur les hauts plateaux au centre du pays. Le rendez vous est fixé à
6h30. Le temps d'embarquer tout le monde dans le bus (70 personnes,
sans compter les poulets et les dindons qui vont bronzer sur le toit)
on ne démarre que deux heures plus tard. Le tarif n'est pas excessif
pour un touriste européen: 4,5 € pour 500km ! Après 5 ou
6 heures de route, lors d'une course poursuite entre taxi-brousses,
un amortisseur casse. Le pneu frotte dans le passage de roue. Ca sent
le cramé mais on continue quand même. Arrivés à Iosy, le chauffeur effectue
la réparation avec du fil de fer et des grands coups de masse. Cet arrêt
imrovisé parmet de se détendre. Un co-passager, après
les interrogations d'usage (nom, pays, métier, nombre d'enfants)
me pose une question complètement inattendue ici: ' - Dis moi,
au fait, c'est quoi le bug de l'an 2000 ?'.
A Fianar, je passe ma journée à sillonner la cité, avec 'Christian caméléon', un jeune guide extrêmement débrouillard, je visite un intéressant atelier de fabrication de papier artisanal et les ruelles pavées et escarpées de la vieille ville. Je me régale au dîner d'un succulent tournedos Rossini (zébu et foie gras fondant pour 3 €). Je trouve aussi un accès à l'Internet pas vraiment bon marché mais j'arrive à négocier l'utilisation gratuite et hors ligne de l'ordinateur pour préparer mes messages. Au petit matin, je grimpe dans le train au départ de Manakara sur la côte est. Le train descend dans la forêt primaire, au milieu des arbres du voyageur, bananiers, caféiers, poivriers et fougères arborescentes. On s'arrête dans chaque petit village pour charger et décharger de tout. Ici les bananes sont particulièrement bon marché, 3 kg pour 7 cents (ailleurs, on a seulement 3 bananes pour ce prix la). Le trajet, avec tous ces arrêts, dure finalement plus de 11H pour à peine 200km parcourus. C'est un plus confortable que le taxi-brousse car même si on est autant secoués, on est tout de même moins 'coincés'. L'étape suivante
me conduit en taxi-brousse jusqu'au parc national de Ranomafana, où
l'on observe de nombreuses espèces de lémuriens diurnes et nocturnes.
Au cours d'une randonnée dans la forêt, il me faut même enlever une
sangsue collée à mon mollet droit. La prochaine fois, je mettrais le
pantalon dans les chaussettes. Ranomafana est aussi une station thermale
à l'eau miraculeuse qui est un remède à tous les
maux, des maladies de peau à l'impuissance... |
| Autour d'Antsirabé, je fais une superbe ballade en VTT dans la campagne jusqu'au lac volcanique Tritriva plein de mystères et de légendes. Nous sommes le 23 septembre, cela fait déjà un mois que je suis à Madagascar. Je rencontre Solo, un piroguier à la recherche de clients pour descendre le fleuve Tsiribihina en 3 jours et demi. Dès le lendemain, nous voilà à Miandrivazo après quelques heures de taxi-brousse. Le soir, je dors dans sa famille sur un lit en raphia pas vraiment confortable... Puis-je me plaindre quand la moitié des membres de cette famille dorment à même le sol ? Après les formalités de départ à la mairie (en 8 exemplaires S.V.P.), je monte à bord de la pirogue creusée dans un tronc d'arbre par Solo lui même. Peu rassuré au début, je me rends compte que c'est finalement assez stable. Les journées s'écoulent lentement, au rythme du fleuve et des villages traversés. Le niveau de l'eau est très faible et on s'ensable par endroit. On observe de très nombreux oiseaux dont les derniers aigles pêcheurs de Madagascar. A midi on s'arrête pour déjeuner à l'ombre et partager notre repas avec d'autres piroguiers qui remontent le fleuve. C'est très convivial, tout le monde partage ce qu'il possède. Petite sieste pour éviter les grosses chaleurs et on repart. Solo me montre tous les animaux, il voit tout avant moi: oiseaux, lémuriens, tortues, crocodiles, caméléons... Le soir, c'est feu de camp et bivouac sur les berges sablonneuses. Les lémuriens nocturnes s'éveillent et crient pour marquer leur territoire. Tous les matins, on part très tôt pour éviter les fortes chaleurs de la mi journée. Le quatrième et dernier jour de la descente, on accoste à 6 km du prochain village. Nous les parcourons à pieds sous un soleil de plomb. 6km, cela semble pas grand chose mais avec une telle chaleur, c'est vraiment dur. Au passage, il a fallu traverser trois gués, dont marécage parfumé à l'urine de zébu, pas moyen de le contourner, je m'y enfonce jusqu'à la taille, tenant mon sac à bout de bras au dessus de la tête. Enfin arrivés, avec un couple de français ayant réalisé la descente dans une autre pirogue, nous affrétons un 4x4 Toyota bâché pour Morondava. Notre chauffeur que l'on soupçonne d'aimer un peu trop le rhum, roule très vite sur la piste défoncée et sablonneuse, on est secoués comme des pruniers et il faut bien surveiller devant et se baisser à l'approche des branches au risque de se les recevoir en pleine tête. Après
plusieurs rappels à l'ordre, il consent enfin à ralentir, continue de
boire un liquide blanchâtre. Je lui fait la remarque qu'il conduit et
qu'il ne devrait pas trop forcer sur la boisson. Offusqué, il me répond
que ce n'est que de l'eau. " De l'eau stérile du village garantie
sans amibes ". Il me propose même d'y goûter. Sans façon !Les paysages sont superbes (comme d'habitude). On traverse une forêt aride avec des baobabs qui émergent au dessus de la végétation. A proximité de Morondava, on traverse la fameuse allée des baobabs au moment du coucher du soleil. Belle récompense après 140km et 6H de piste. Morondava est
une préfecture endormie de la côte ouest. Il n'y a pas grand chose a
y faire à part les baobabs et la baignade, et encore, il faut bien choisir
sa plage, car elles servent de lieu d'aisance à la moitié des habitants!
Un détail m'a beaucoup amusé : c'est le ramassage scolaire des petits
écoliers dans un pousse-pousse collectif. Je n'ai vu ça nulle part ailleurs.
Je reste bloqué
plusieurs jours à Maroantsetra. L'avion que je devais prendre n'est
pas passé, il est en panne... Le temps vire au mauvais, vent
et trombes d'eau, les bateaux ne partent pas non plus et il n'y a pas
de véhicule pour le sud: de toute façon, il n'y a pas vraiment de route
non plus : c'est une expédition de plusieurs jours pour faire 150km
que j'envisagerai en dernière extrémité ! Il faut
prendre son mal en patience et Maroantsetra ne regorge pas d'activités,
surtout avec ce temps. Alors je loue des cassettes vidéo au chinois
du coin, visite les chantiers navals et les séchoirs à
vanille...
Je décolle pour
Paris. Je me dis que vraiment, j'adore Madagascar. C'est vrai que tout
n'est pas facile ni rose dans ce pays mais les gens sont terriblement
attachants, joyeux et d'une extrême gentillesse... Un grand nombre
de qualités bien souvent absentes des sociétés
dites 'développées'.
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